Quand écouter son enfant vaut mieux que de lui donner un conseil

Apprentissage, trop-plein de la journée, émotion qui déborde : le psychologue Thomas Fournier dit quand le parent gagne à se taire, et comment écouter.

Thierry Rigaud Par Thierry Rigaud
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Quand écouter son enfant vaut mieux que de lui donner un conseil
Photo d’illustration. Un enfant s’exerce au dessin avec des crayons de couleur aux côtés d’un adulte.

En bref

  • Le psychologue Thomas Fournier distingue trois situations où l’écoute passe avant le conseil.
  • L’enjeu n’est pas de renoncer à accompagner l’enfant, mais de choisir le bon moment pour intervenir.
  • Face à un enfant submergé, une simple écoute ne suffit pas toujours.
  • Cinq attitudes concrètes aident à montrer qu’on écoute vraiment.

Lorsque votre enfant évoque un souci, il vaut parfois mieux ne chercher aucune solution. D’après Parents · Actualités, le psychologue Thomas Fournier identifie trois contextes dans lesquels il faut d’abord tendre l’oreille : les phases d’apprentissage, les temps de décompression, et les instants où l’enfant tente de réguler ce qu’il ressent sur le plan émotionnel.

Le réflexe de conseiller, et le bon moment pour intervenir

Votre enfant relate une contrariété, bute sur un exercice ou traduit une émotion pénible : bien souvent, le parent se précipite pour fournir une réponse. Pourtant, sur le moment, ce n’est pas forcément un conseil que l’enfant attend.

« Pour moi, tout est question de temporalité, l’écoute et l’observation sont souvent les bases sur lesquelles va se construire la réponse éducative », explique Thomas Fournier, psychologue. L’idée n’est donc pas d’abandonner tout accompagnement, mais de savoir discerner le moment où une intervention sert vraiment. Parfois, lui céder la parole nourrit déjà sa croissance, sa capacité à réfléchir et la façon dont il comprend ce qu’il vit.

Quand il cherche à comprendre par lui-même

Devant un exercice ou un problème, l’adulte est tenté de pousser l’enfant vers la bonne réponse. Pourtant, la façon dont il cherche et formule son raisonnement fait partie de l’apprentissage. Le psychologue rappelle que « tout au long du développement, le langage a un rôle clé dans les apprentissages. En particulier entre 3 et 7 ans quand le langage prend une fonction ‘égocentrique’ visant à guider ses propres actions avant de s’intérioriser petit à petit ».

Concrètement, verbaliser pendant qu’il accomplit une tâche permet à l’enfant de structurer les étapes de sa pensée. Le parent peut lui accorder la durée nécessaire pour décrire ses gestes et mettre ses idées en mots. Cela n’implique pas de ne plus jamais lui prêter main-forte : l’objectif est d’éviter de couper trop tôt un cheminement qui lui profite déjà.

Quand il a besoin de vider son sac

À la suite d’une journée dense, d’une désillusion ou d’un fait marquant, l’enfant ne souhaite pas toujours qu’on règle quelque chose pour lui. Relater les événements revient parfois à les assimiler. « Il y a des moments où la parole a juste une fonction de décharge : on vide tout simplement son sac. »

Son récit peut sembler confus : il s’attarde sur un détail, passe à autre chose, laisse une idée en plan pour en lancer une nouvelle. Pas besoin de remettre de l’ordre ni de réagir à chaque élément. Dans ces situations, le parent a seulement à laisser cette décharge se produire, puisque structurer sa pensée et traiter émotionnellement ce qu’on vit figurent parmi les rôles majeurs du langage durant l’enfance.

Quand l’émotion déborde mais qu’il peut encore en parler

Si l’enfant parvient toujours à nommer ce qu’il éprouve, alors « il y a un temps d’écoute nécessaire de la part du parent avant de répondre d’un point de vue éducatif ». La réponse éducative arrive ensuite, jamais en amont.

Cinq attitudes pour écouter pour de bon

Écouter ne revient pas simplement à garder le silence. Le maintien du corps, l’attention portée à l’enfant et la façon de relancer l’échange entrent aussi en jeu. Thomas Fournier conseille « de trouver une posture d’écoute équilibrée : ni trop passive ni sur-réactive ». Il décrit cinq attitudes, qu’il met lui-même en œuvre lors de son travail avec les enfants :

  • se placer à la hauteur de l’enfant ;
  • se montrer disponible, sans distraction ;
  • inviter l’enfant à s’exprimer grâce à des questions ;
  • redire avec d’autres mots et synthétiser, afin qu’il réalise ce qu’il vient d’exprimer ;
  • laisser l’enfant finir ses réponses sans l’interrompre.

Photo : Kamaji Ogino / Pexels

Thierry Rigaud

Paternité, enfance, santé et vie de famille

Thierry Rigaud

Thierry Rigaud a été conducteur de bus à Saint-Étienne pendant 25 ans et a élevé seul ses deux filles une bonne partie de ce temps. Il écrit sur la paternité et la vie avec un bébé, sans conseils définitifs. Il a gardé la poussette de sa cadette au garage, pour les petits-enfants.