Un « bravo » répété peut rendre l’enfant dépendant du regard adulte

Une psychologue explique pourquoi un « bravo » répété peut rendre l’enfant dépendant du regard adulte, et quelles questions l’aident à bâtir sa propre fierté.

Vincent Le Bihan Par Vincent Le Bihan
3 min de lecture
Un « bravo » répété peut rendre l’enfant dépendant du regard adulte
Un adulte et une enfant dessinent côte à côte à une table, entourés de crayons de couleur et de peinture, dans un intérieur lumineux.

En bref

  • Le « bravo » reste utile, mais devenu systématique il peut déplacer l’attention de l’enfant vers l’approbation des adultes.
  • La psychologue Carole Lozupone-Daudon conseille de souligner efforts et persévérance, et de demander à l’enfant s’il est fier.
  • Valoriser l’effort compte surtout quand le résultat n’est pas au rendez-vous.

Premier dessin réussi, lacets noués sans aide, bonne note ou figure enfin maîtrisée : devant ces petites victoires, le « bravo » jaillit tout seul. C’est un réflexe naturel, et il a ses raisons. Mais répété à chaque accomplissement, il peut habituer l’enfant à guetter la validation de l’adulte, explique Parents.fr, qui a publié le 16 octobre 2026 un article avec l’expertise de la psychologue Carole Lozupone-Daudon.

Un réflexe qui a du bon, jusqu’à ce qu’il devienne automatique

Inutile de rayer le « bravo » du vocabulaire. Par ce mot, un parent exprime son bonheur et signale qu’il a vu les efforts déployés par son enfant. La difficulté survient lorsque cette approbation se répète à chaque fois et finit par occuper une place démesurée.

« Dire bravo à son enfant, c’est une manière de partager sa joie et de l’encourager. Mais quand le bravo devient systématique, l’enfant peut finir par rechercher davantage l’approbation de l’adulte que sa propre satisfaction »

Carole Lozupone-Daudon, psychologue

Dès lors, l’enfant évalue ses actes d’après la réponse que ses parents lui renvoient. Était-ce suffisant ? Sont-ils satisfaits ? A-t-il réussi, puisqu’on l’a félicité ? Ce qu’il éprouve lui-même est relégué à l’arrière-plan.

Déplacer le regard vers l’enfant lui-même

Pour l’aider à tourner son attention vers l’intérieur, la psychologue conseille de s’intéresser à ce qu’il pense de son accomplissement. Selon elle, « plutôt que de simplement dire bravo, on peut souligner ses efforts, sa persévérance ou lui demander s’il est fier de ce qu’il vient d’accomplir ». Elle ajoute que l’on aide ainsi l’enfant à prendre conscience de ses capacités et de ses progrès.

Un enfant assis par terre noue le lacet d’une basket blanche, vu en gros plan sur ses mains et sa chaussure.
Un enfant assis au sol noue lui-même le lacet de sa basket blanche. Photo : Allan Mas / Pexels

Plusieurs gestes vont dans ce sens :

  • demander à l’enfant ce qu’il ressent face à ce qu’il a fait ;
  • revenir sur les étapes qui ont mené au résultat, comme le temps passé à s’entraîner ;
  • nommer une difficulté surmontée ;
  • évoquer la possibilité de réessayer après un échec.

Le regard ne s’arrête plus uniquement au résultat obtenu, il se tourne vers les ressources que l’enfant a déployées pour parvenir à ses fins.

Lorsque la réussite n’est pas au rendez-vous

Ce type d’encouragement prend toute sa valeur face à un échec. Lorsqu’un enfant n’obtient attention et félicitations que s’il atteint le but espéré, il risque de lier sa valeur personnelle à ses résultats. Reconnaître également ses efforts permet d’éviter cette dérive.

Carole Lozupone-Daudon insiste : « L’important, c’est de rester sincère et spontané, mais surtout de valoriser autant ses efforts que ses réussites. Un enfant doit sentir qu’il a autant de valeur lorsqu’il réussit que lorsqu’il se trompe ».

Garder le bravo, sans en faire l’unique réponse

Le « bravo » a donc sa place dans le langage de la famille. Ce qui compte, c’est qu’il ne constitue pas l’unique façon de reconnaître les actes de l’enfant. En le laissant observer ses avancées, en soulignant ses efforts et en lui permettant d’éprouver sa propre satisfaction, on rend peu à peu sa confiance moins tributaire du regard des autres. Pour un papa, une simple phrase suffit, au moment où l’enfant présente son dessin ou son lacet noué.

Photo : Ketut Subiyanto / Pexels

Vincent Le Bihan

Paternité, enfance, santé et vie de famille

Vincent Le Bihan

Vincent Le Bihan a travaillé comme technicien de maintenance sur les ferries entre Roscoff et l'Irlande. Aujourd'hui papa à temps partiel, il écrit sur les loisirs en famille et l'organisation du quotidien : repas, trajets, budgets. Il emmène ses enfants pêcher à pied à chaque grande marée.